Roland Blanc - Sculpteur de cuillères à crème
© Anja Savary
Contact
Roland Blanc
Route du Vanel 85
1647 Corbières
Je suis né en 1958, menuisier de profession, boisselier depuis 1989. N’étaient les machines, l’atelier de ma ferme paraîtrait d’un autre âge. Déjà pour y accéder, le long escalier de bois plonge dans une ambiance d’autrefois. Là, j’accueille ma clientèle sur fond de youtse et d’accordéon.
Les cuillères en bois finement ouvragées, je les ai connues depuis tout gosse. Avant moi, mon père (Robert Blanc) en façonnait déjà. Maintenant, c’est mon tour. Je parviens même à en faire vivre ma famille. Il faut dire que c’est ma passion et que le travail ne me fait pas peur. Je suis dans mon antre dès le matin et j’y reste jusqu’au soir.
Avant de me consacrer quasi exclusivement aux cuillères à crème, j’ai confectionné quelques meubles, façonné des animaux de la ferme, pyrogravé des cannes, sculpté des moules à beurre et même réalisé, à une échelle raisonnable, l’attelage des bœufs de la Fête des vignerons de 1999.
On est à peine une dizaine d’artisans à posséder l’art de sculpter des cuillères. Je suis l’un de ces artisans, et j’ai une panoplie de 400 modèles, tous photographiés. Une sacrée collection ! Depuis ma première, il y en a eu des edelweiss, gentianes, têtes de vache, grues, chamois, fleurs alpestres, armoiries familiales, chapelles, chalets, et même des véhicules. Des motifs religieux ? De moins en moins.
Symbole d’une tradition
Si la cuillère à crème a souvent une fonction décorative aujourd’hui, il n’en a pas toujours été ainsi. Sa forme elle-même est d’ailleurs issue de son utilisation : le manche plat permet de la tenir bien en main et la partie creusée de puiser la lourde crème double.
Il y a quelques siècles, les armaillis les confectionnaient déjà. Ils recouraient, comme maintenant, à l’érable de montagne, et ils gravaient des motifs inspirés du monde alpestre. Symbole d’une tradition paysanne, ces cuillères leur servaient d’ustensiles de cuisine.
J’achète des billes d’érable, bois dur à travailler, qui ne transmet pas d’odeur. Je les fais scier en plateaux de 6 cm d’épaisseur. Après 3 ans de séchage, je les débite en morceaux de 20 cm par 11 cm, avant que commence la découpe primitive à la scie à ruban, puis le dessin sur le manche.
Alors là, le couteau prend toute son importance. Selon la complexité du motif, la confection d’une cuillère prend de 4 heures à 8 heures. Toute la difficulté tient à réussir à placer le sujet dans le médaillon du manche. Il ne faut jamais perdre de vue l’aspect utile de l’objet.
